Au théâtre La Bruyère, les Cavaliers de Joseph Kessel nous transportent

Paris, les soirs glaciaux du mois de février, en quelques minutes, les spectateurs gelés traversent l'Europe et arrivent dans un véritable tableau orientaliste vivant.

Grâce à l'adaptation pour les planches du livre de Joseph Kessel, Les Cavaliers, par Eric Bouvron les pavés parisiens se transforment en un amoncellement de tapis persans et de tentures . L'expérience est d'abord olfactive, avec l'entrée dans la salle d'où émane des senteurs boisées et épicées. L'air s'est chargé de ces effluves et a revêtu un manteau blanc. Des sonorités provenant de tambours scandent les discussions, et nous emmènent doucement vers une immersion dans une tout autre culture. Sitôt le spectacle démarré, la mise en scène d' Eric Bouvron et d' Anne Bourgeois nous dévoile un enchaînement d'inventions scéniques. En passant par des changements de personnages tous tenus, avec brio, par deux comédiens et une comédienne, c'est ensuite le décor qui s'anime, où chaque élément concourt à nous plonger dans une épopée aux confins de l'Afghanistan. Construite « dans la pure tradition africaine » selon Eric Bouvron, où l'on crée avec trois fois rien, cette pièce donne vie à un tabouret jusqu'à devenir un personnage à part entière, le cheval Jehol. Ainsi elle fait la part belle à l 'imaginaire et féconde dans l'esprit de chacun des images superbes. L’événement central du roman est le traditionnel Bouzkachi du Roi, le tournoi le plus spectaculaire du pays. Attendu par tous chaque année,c'est également l'occasion d'arborer les plus beaux chevaux, et surtout les plus forts. A l'instar de ses ancêtres, le jeune Ouroz veut poursuivre cette lignée d'éminents cavaliers. Malheureusement sa chute du cheval fou Jehol, ne sera pas seulement physique mais à l'image du douloureux chemin que va prendre son existence. Accompagné de son serviteur Mokkhi, nous allons suivre un voyage périlleux, où les steppes, convoquées sur scène, jalonnent le parcours.

La scénographie mêle des lumières aux tons chauds couplées à une bande sonore interprétée en direct par un véritable couteau suisse musical, Khalid K.

Retraçant les relations père-fils, la culture orientale et les luttes de pouvoir, les cavaliers est une réussite théâtrale à tout point de vue, tant sur la technique que l'interprétation, avec une mention spéciale pour les changements de costumes qui ne sont plus un détail organisationnel, mais nourrissent le propos.

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