Britannicus à la Comédie Française

23/05/2016

La pièce de Racine, Britannicus, est actuellement jouée à la Comédie Française, et ce, jusqu’au 23 juillet prochain. La mise en scène et la scénographie sont signées Stéphane Braunschweig, le nouveau directeur du Théâtre de l'Odéon. Une adaptation juste et incisive.

 

 

 

 

 

 

    Dominique Blanc, Hervé Pierre et Clothilde de Bayser   © Brigitte Enguérand/Comédie-Française

 

 

 

Le décor est contemporain, un lieu de pouvoir réel, dont les diverses portes blanches plantées en quinconce évoquent les machinations, les complots qui peuvent se cacher derrière elles. Telle la représentation des liens ambivalents qui animent chacun des personnages les uns envers les autres, elles s'ouvrent et se ferment au grès des confrontations, des rapprochements ou des éloignements de ces derniers. Agrippine interprétée par Dominique Blanc, inaugure son arrivée à la Comédie Française avec un rôle central dans la pièce de Racine, celui d'une mère qui instrumentalise les relations avec ses fils afin d'obtenir le pouvoir. 

 

 

     Laurent Stocker et Stéphane Varupenne © Brigitte Enguérand/Comédie-Française

 

Au commencement de la pièce, Agrippine attend devant la chambre que son fils, l’Empereur Néron, accepte de la recevoir. Interprété par Laurent Stocker, elle vient d’apprendre que ce dernier a fait enlever l’amie de son autre fils Britannicus, joué par Stéphane Varupenne, Junie, interprétée par Georgia Scalliet, pendant la nuit et ce, sans l’en avertir. Agrippine, qui a favorisé l’arrivée au pouvoir de son fils ainé Néron, fruit d’une première union, au détriment de Britannicus, prétendant légitime au trône de son père défunt (l’empereur Claude), s’inquiète de voir Néron échapper à son contrôle et s’en prendre à Britannicus. Le gouverneur de son fils, Burrhus, incarné par Hervé Pierre, vient annoncer à Agrippine que Néron ne peut pas la voir. Il en profite pour faire une tentative de défense du jeune empereur à se soustraire un peu de l'hégémonie maternelle, en le libérant de la tutelle politique de sa mère. Par la suite, Britannicus survient, et cherche sa tendre Junie. Agrippine l’informe et lui propose son soutien. Et enfin Néron, apprend à Narcisse, le gouverneur de Britannicus, joué par Benjamin Lavernhe, qui espionne son maître pour l'Empereur, qu’il vient de tomber amoureux de Junie, l'amoureuse de son frère.

 

De cette situation initiale et tout au long de la pièce, on perçoit en filigrane la relation avortée d'Agrippine et de Néron, qui n'arrive pas à capter l'amour de sa mère, un amour sincère... et qui se transforme en haine, comme c'est souvent le cas dans les pièces de Racine.

 

 

     Dominique Blanc, Hervé Pierre © Brigitte Enguérand/Comédie-Française

 

 

Les alexandrins déclamés nous transportent au fil de la représentation, avec une fluidité déconcertante. Avec justesse, les comédiens nous font vivre un véritable thriller psychologique, où le pouvoir et les liens du sang deviennent les outils de toutes les manigances possibles pour arriver à ses fins. 

 

La scénographie moderne peut étonner aux prémices de la pièce, mais se révèle être le réceptacle d'autres histoires, notamment contemporaines de la politique, et par cet effet, donne à voir une adaptation osée mais pertinente de cette pièce du XVIIème siècle.

 

 

 

 

  

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