© LE PRISME magazine 2015-2019

350 ans de l'Académie des Sciences, le livre

25/05/2016

A l’occasion des 350 ans de l’Académie des sciences, cette dernière, née en 1666, nous ouvre ses portes et ses écrits à travers plusieurs événements et un livre, Une compagnie en son siècle, signé Florence Greffe et Pascal Griset chez le cherche midi.

 

 © Académie des sciences

 

 

 

 

Florence Greffe, conservateur du patrimoine, et Pascal Griset, historien des techniques et professeur à l’université Paris-Sorbonne nous font découvrir les archives de l’Académie des sciences, un véritable trésor, un témoignage de l’évolution de la pensée scientifique, et ce, dès 1666, jusqu’à nos jours.

 

Derrière ces murs chargés d’histoire, la volonté est restée la même : brandir pour arme la connaissance, le doute et la confrontation du réel. Voilà comment l’ouvrage débute ses premiers mots, péremptoires, qui n’ont rien perdu de leur sens aujourd’hui, à une époque submergée d’images et d’instantanées éphémères, et où le combat contre les fausses évidences et les vraies impostures reste le cheval de bataille des membres de cette académie.

 

On assiste en France, dans les premières décennies du XVIIe siècle, à la multiplication des assemblées savantes, souvent à l’initiative de mécènes, et qui s’épanouissent dans une sphère privée. Ces cercles savants vont vivre un véritable chamboulement à la suite des travaux d’un certain Nicolas Copernic (1473-1543), qui remet en question le géocentrisme prodigué par Aristote et Ptolémée pour l’héliocentrisme.  Cela apporte un profond changement dans la démarche scientifique, car les savants peuvent désormais s’appuyer davantage sur l’expérience et l’observation.

 

Colbert, le ministre de Louis XIV, qui estimait que les sciences et les arts suffisaient à rendre un règne glorieux, peut-être plus que les conquêtes, reprend en main la gestion administrative du royaume et créer de nombreuses manufactures, comme celle des tapisseries des Gobelins, ou encore des industries textiles. Novateur, il est persuadé que la puissance qui émane de l’esprit et de l’industrie, sont les deux caractéristiques indispensables afin d’assurer le pouvoir de la France. L’Académie des sciences y contribue, et lorsqu’elle est instaurée, se révèle à la fois une assemblée d’experts répondant aux problèmes technologiques posés par le pouvoir et une société savante s’occupant de questions scientifiques. Ce rôle d’expertise va notamment se faire valoir dans la construction du château de Versailles, afin de savoir comment mobiliser les eaux en quantité abondante à la fois pour les fontaines et les bassins des jardins, et de quelle manière procurer assez d’eau potable à la Cour.

 

A travers ce livre, on comprend l’évolution de cette Académie, mais également des sciences et des techniques, comme à titre d’exemple au XVIIIème siècle, lorsque les mathématiciens consacrent sous l’appellation "d’astronomie physique" puis de "mécanique céleste", la description et  l’explication des mouvements des corps célestes. On en apprend également davantage à propos de l’organisation des activités de l’académie, comme par exemple les grandes expéditions à l’étranger. Elles ont pour objectifs des observations astronomiques, mais encore la résolution de problèmes scientifiques ou pratiques.

En outre, L’Académie des sciences sert également de modèle. Ainsi, l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg sera fondée par Pierre le Grand à la suite de sa visite en France au XVIIIème siècle.

 

L’Institut national des sciences et des arts sera créé en 1795, comprenant trois classes. Après des années mouvementées, l’Académie remplit ses missions qui sont d’enregistrer, valider, faire connaître et récompenser les travaux scientifiques, tout en conservant son rôle de conseiller du pouvoir. En outre, la création des Comptes rendus de l’Académie des sciences par le grand François Arago en 1835 permet à l’institution d’obtenir un rayonnement national et international jamais vu, et la positionne en tant que grand centre d’activité scientifique, surtout dans cette époque où l’on assiste à l’apparition de sciences nouvelles et de nouvelles industries.

 

On notera, en filigrane, l’importance de la relation parfois ténue entre les enjeux politiques et l’académie, quelles que soient les époques. L’historique du lieu est ainsi relaté dans les moindres détails, mais également celle de ses membres, qui sur ces 350 ans, ont vu leurs rôles évoluer.

La documentation est foisonnante, remarquable tant par sa pluralité que par sa reproduction. Un véritable dialogue entre le texte et les illustrations vient ajouter au plaisir de la lecture, une facilité de compréhension, ce qui permet de contenter un public extrêmement large, néophytes ou connaisseurs des sciences.

 

Par ailleurs, on retrouve l’éventail des domaines couverts encore aujourd’hui par ces sept disciplines ; mathématique, physique, chimie, mécanique, biologie, géoscience et paléontologie-sciences de l’évolution.

 

Une très belle réussite littéraire et esthétique, dont la pertinence permet de comprendre les interrogations d’hier, et celles de demain.

 

 

 

Livre de Pascal Griset et Florence Greffe, préface de Jean-François Bach et Catherine Bréchignac

Editeur : cherche midi

 

 

 

Tags:

Please reload