La collection Noureev : l’espace permanent consacré au danseur d’exception au Centre national du cos


En 2013, le Centre national du costume de scène ouvrait ses premières salles d’expositions permanentes consacrées au danseur et chorégraphe. Aucun danseur ne fut plus adulé, vu et controversé que Rodolf Noureev. L’espace a voulu rendre hommage à l’artiste qui voulait voir son œuvre perpétrée à travers un lieu d’exposition.


CNCS ©DR




En 2008, la Fondation Rudolf Noureev (crée par ce dernier en 1925) lègue au CNCS près d’une centaine de pièces issues du patrimoine de l’artiste. Depuis, le visiteur peut désormais découvrir au rez-de-chaussée du musée une impressionnante collection d’objets divers. Imaginée par Ezio Frigerio (scénographe et costumier), la scénographie s’attache à représenter la personnalité emblématique de Noureev et son parcours romanesque.




Le danseur et chorégraphe

Une première salle présente le parcours artistique du danseur et chorégraphe à travers ses costumes et ceux de ses partenaires. En effet, Noureev est connu pour avoir révolutionné la danse classique en y imposant son langage corporel novateur : extrême rigueur du bas (jambes très souvent sur demi-pointe haute, élancement du levé de jambe) et souplesse du buste caractérisent sa danse. Néanmoins, son style unique se aussi poursuit dans l’affirmation de ses choix scéniques et esthétiques. Au Kirov déjà, où il fait ses premiers pas sur scène, Noureev opte pour des costumes qui le mettent en valeur et n’entravent pas ses mouvements. Afin d’allonger sa ligne, il abandonne la culotte courte de « pudeur » en lui préférant des collants, fait raccourcir le costume masculin au-dessus de la taille, élabore un modèle de pourpoint (veste courte moulante)… On découvre autant de costumes, fruits de sa vision moderne et reflets de son œuvre : pourpoints, capes ou encore tutus de ses partenaires. Le visiteur pourra notamment apprécier le costume blanc et noir conçu par Martin Kamer pour La Bayadère, ultime œuvre du danseur dont la première eu lieu le 9 octobre 1992 au Palais Garnier, peu avant sa mort.


Un destin extraordinaire

Parallèlement, un documentaire de Patricia Foy réalisé en 1991 relate l’existence de Noureev. Démarche poursuite dans la deuxième salle qui présente le parcours de Noureev à travers une série d’éléments biographiques. Sont par exemple exposées des photos de sa jeunesse dans sa ville natale d’Oufa et de ses débuts de jeune danseur. De plus, la scénographie met l’accent sur le contexte historique, politique et culturel dans lequel s’inscrivent les temps forts de la vie de Rudolf Noureev, forcé de quitter la Russie pour jouir librement de sa passion.


Le collectionneur

L’exposition nous fait finalement pénétrer au cœur de l’intimité de Noureev et nous plonge en immersion dans son monde. À partir d’objets et de mobilier issus de son appartement du 23 Quai Voltaire (canapés, tapisseries murales, porte-manteau) sont reconstitués des parties de ce que fut le décor et l’ambiance de son séjour. Mais c’est enfin sa personnalité cosmopolite et son goût prononcé pour les beaux objets qui frappent. On pense alors à la citation de Carlo Blasis « Soyez amant du beau » qui ouvre la biographie d’Ariane Dollfus consacrée à l’artiste. On admire l’impressionnante collection de gravures représentant notamment l’histoire de Don Quichotte (gravures de Coypel) ou bien les décors de théâtre de Burnacini, mais on découvre également les textiles orientaux (kaftans, kimonos, cachemires, damas), les tableaux, les tapis, les nombreux instruments de musique : autant de traces matérielles de sa vie de nomade. La fin du parcours met donc en relation l’homme médiatique et l’homme, toujours entre deux avions, avide de découvertes et passionné. Constante quête qui s’illustrait dans sa recherche du mouvement parfait, capable de faire revivre une nouvelle fois l’œuvre sur scène. « Pour garder un ouvrage théâtral vivant, pour qu’il ait le même effet sur le public que le jour de la création, il doit sans cesse évoluer (…) Pour moi, une œuvre d’art est quelque chose qui est en vie. » (citation de Noureev)

Un espace qui permet donc de faire revivre son œuvre, à découvrir absolument afin de mieux connaître celui qui révolutionna la danse.





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