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Le Centre Pompidou accueille les graffitis de Brassaï

25/11/2016

Jusqu'au 30 janvier 2017 le Centre Pompidou met en regard le travail du photographe en rendant hommage aux graffiti comme œuvres d'art véritables. L’occasion de découvrir quelques clichés inédits, précurseurs d’un courant artistique en vogue aujourd’hui.

 

                             Animaux, Brassaï © Centre Pompidou

 

 

                            L'amour, Brassaï © Centre Pompidou

 

 

Peu de temps après son arrivée en France, Brassaï devient un habitué de la rue parisienne. Miller écrit " Brassaï, connaît les bordels, les abattoirs, les hôpitaux, les bas-fonds, les salons. Il est chez lui dans toutes les couches de la société et encore davantage dans la rue. " Dès 1930, Brassaï arpente quotidiennement la ville et capture son inconscient : dessins, signes et gribouillages sont immortalisés à travers son objectif. Considérées comme des trouvailles urbaines, les premières photographies de la série sont publiées en 1933 dans la revue surréaliste Le
Minotaure
. Elles sont ensuite rassemblées dans les années 1950 pour des expositions et éditées dans le livre Graffiti (1961) qui inspire aujourd’hui le parcours de l’exposition.

 

Aussi découvre-t-on dans l'enceinte de la Galerie des photographies une centaine d’œuvres et de documents (tirages d'époques, maquettes des livres, revues et collages de Jacques Prévert, lithographies de Jean Dubuffet) célébrant les murs de la ville, qui depuis les grottes de Lascaux, de la vallée du Nil ou de l’Euphrate n’ont pas tout à fait changé. Porte-parole d’une société et de ses hommes, le mur, écrit Brassaï est à la fois " protecteur de la propriété, défenseur de l'ordre, il reçoit protestations, injures, revendications et toutes les passions, politiques, sexuelles ou sociales ".



" Les graffiti ne veulent rien dire de plus qu’ils ne sont, mais ils sont beaucoup plus qu'ils ne disent ". Brassaï

 

 

Le graffiti – supposant un geste destructeur au premier abord – se révèle à nous sous d’autres états.
Les traits sont grossiers, enfantins et énigmatiques ; ils prêtent à sourire ou au contraire dérangent.
Représentations de figures humaines ou animales, de l’amour, de la mort ou encore de la magie : les inscriptions se font les expressions de préoccupations universelles. Elles sont également révélatrices d’une époque et de ses fractures en se faisant l’écho des tensions (slogans, croix de Lorraine, marteaux et faucilles) et des conflits qui traversent la société, notamment divisée par la guerre d’Algérie dans les années 1950. Le graffiti est un commentaire, une réaction. En participant au fait même de l’expression, il est source de création et génère d’autres formes d’art. Ainsi les photographies de Brassaï inspirèrent Prévert pour ses collages dont on retient notamment Les Amants (1966), Jean Dubuffet qui en intégra quelques-unes dans son premier album d’art brut ou encore Picasso dont les sculptures en papier s’apparentent à certains graffiti photographiés.

 

L’exposition porte donc un regard nouveau sur la culture populaire en nous invitant à penser la fascination qu’elle exerce sur les artistes. On se laisse alors surprendre par les nombreux cœurs, têtes à toto et bonhommes en tout genre qui, impassibles, semblent nous interroger. Etre au pied du mur n’a jamais aussi été plaisant, une exposition à voir et à revoir !

 

 

                            La magie, Brassaï © Centre Pompidou

 

 

 

 

Informations pratiques

Brassaï, Graffiti
Centre Pompidou, galerie de photographies, Forum niveau -1
Paris 4e
Du 9 novembre 2016 au 30 janvier 2017
Tous les jours 11h-21h
Entrée libre

 

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