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Sélection Cannes Classics 2017 : projection le mardi 23 mai à 18h15 (salle Buñuel)

22/05/2017

Pour leur 2e collaboration, Luis Buñuel et son coscénariste Jean-Claude Carrière adaptent le roman éponyme de Joseph Kessel. Lauréat du Lion d'or à la Biennale de Venise de 1967, Belle de jour reste le film le plus emblématique de Luis Buñuel, notamment grâce à l'interprétation magnétique de Catherine Deneuve. Un monument incontournable du septième art, à découvrir pour la première fois dans sa splendide restauration 4K.

 

 

© BELLE DE JOUR, 1967 STUDIOCANAL - Five Film S.r.l. (Italie) - Tous Droits Réservés.

 

 

L'histoire

 

La belle Séverine est l’épouse très réservée du brillant chirurgien Pierre Serizy. Sous ses airs très prudes, la jeune femme est en proie à des fantasmes masochistes qu’elle ne parvient pas à assouvir avec son mari. Lorsque Henri Husson, une connaissance du couple, mentionne le nom d’une maison de rendez-vous, Séverine s’y rend, poussée par la curiosité. Elle devient la troisième pensionnaire de Mme Anaïs, présente tous les jours de la semaine de

quatorze à dix-sept heures, ce qui lui vaut le surnom de « Belle de jour »...

 

 

Le tournage

 

Pour leur deuxième collaboration, Luis Buñuel et son coscénariste Jean-Claude Carrière adaptent le roman éponyme de l’académicien Joseph Kessel. Contrairement à Octave Mirbeau et son Journal d’une femme de chambre – dont le cinéaste était un fervent admirateur –, Buñuel n’apprécie guère le roman de Kessel et décide de l’exploiter à sa façon, en mettant davantage l’accent sur la dimension onirique et fantasmatique du personnage de Séverine. En effet, le film bascule constamment entre réel et imaginaire, sans établir de frontière vraiment claire. Le monde luxuriant – et luxurieux – des fantasmes féminins s’oppose à la répression des désirs inassouvis et à la frustration qu’elle entraîne. Il s’agit de l’un des tout premiers films à aborder le thème de l’érotisme féminin. Pour ce faire, Buñuel et Carrière se sont documentés auprès de femmes et de psychiatres afin d’être le plus fidèle possible au sujet, sans tomber dans l’analyse primaire vue à travers le spectre du regard masculin. Tourné en 1967, Belle de jour annonce la libération sexuelle à venir. Toutefois, le film reste dans l’évocation de l’érotisme sans jamais rien montrer, évitant le piège du voyeurisme. Le cinéaste joue avec la suggestion et laisse planer le mystère, symbolisé par la scène de la boîte apportée par le client asiatique, au contenu à jamais opaque. Lauréat du Lion d’or à la

Biennale de Venise de 1967, Belle de jour fut le plus gros succès commercial de Luis Buñuel et reste son film le plus emblématique. Mais cette œuvre n’aurait jamais atteint son statut de chef-d’œuvre sans l’interprétation magnétique de Catherine Deneuve dans le rôle de Séverine, cette femme à l’allure prude, presque virginale, qui cache bien des secrets, dans la continuité de son personnage de Carole dans Répulsion de Roman Polanski (1965). Belle de jour est un monument incontournable du septième art, à découvrir pour la première fois dans sa splendide restauration 4K.

 

 

Luis Buñuel

 

Né en 1900 dans l’Aragon, Luis Buñuel grandit au sein d’une famille bourgeoise catholique et reçoit une éducation très stricte chez les Jésuites. Il part à Madrid pour ses études et fait la connaissance de Salvador Dalí et Federico García Lorca, qui deviendront ses amis proches. C’est en France – où il s’installe en 1925 – que Buñuel fait ses premiers pas au cinéma. Il travaille d’abord comme assistant de Jean Epstein avant de réaliser son premier court-métrage en 1928, Un chien andalou – coécrit avec Salvador Dalí. Ce film très personnel, largement influencé par le

courant du surréalisme, permet à l’Espagnol d’intégrer le groupe mené par André Breton. L’Âge d’or, tourné trois ans plus tard et considéré comme le premier chef-d’œuvre surréaliste, déclenche un véritable scandale en France en raison de son caractère « antipatriotique et anticlérical ». Ce sera le début d’une longue traversée du désert pour Buñuel. En quinze ans, il ne tourne qu’un seul film, Las Hurdes (Terre sans pain), court-métrage documentaire sur cette région extrêmement précaire de l’Estrémadure. Après avoir vécu entre l’Espagne – sous dictature franquiste depuis 1939 –, la France et les États-Unis, Buñuel s’installe en 1946 au Mexique où il sera naturalisé trois

ans plus tard. Grand film sur la misère des bidonvilles mexicains, Los Olvidados (1950) signe son grand retour sur la scène cinématographique mondiale – il obtient le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes de 1951. S’ensuit alors une période très prolifique puisque Buñuel réalisera pas moins d’une douzaine de films en seulement dix ans – dont les célèbres La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz (1955) ou Nazarín (1959). En 1961, il retourne

enfin en Espagne et parvient à contourner la censure avec Viridiana, où le cinéaste renoue avec ses thèmes de prédilection – critique acerbe de l’Église et de la bourgeoisie, érotisme sous-jacent... Ce film fait scandale à sa sortie et est aussitôt interdit en Espagne, mais obtient en parallèle la Palme d’or au Festival de Cannes. Après une dernière parenthèse mexicaine avec L’Ange exterminateur (1962) et le court-métrage Simon du désert (1965), Buñuel achèvera sa carrière en Europe, essentiellement en France, auprès du scénariste Jean-Claude

Carrière et du producteur Serge Silberman. Du Journal d’une femme de chambre (1964) au Fantôme de la liberté (1974) en passant par Belle de jour (1967), le cinéaste signe là ses « films de la maturité » au pouvoir de subversion toujours intact. Cet obscur objet du désir (1977) sera sa dernière réalisation. Il meurt sept ans plus tard à Mexico.

 

 

BELLE DE JOUR

(1967, France/Italie, 100 mn, Couleurs, 1.66:1, VISA : 32 317)

un film de Luis BUÑUEL

avec Catherine DENEUVE, Jean SOREL, Michel PICCOLI

Geneviève PAGE, Pierre CLÉMENTI, Françoise FABIAN, Macha MÉRIL

Francisco RABAL et Georges MARCHAL

avec la participation de Francis BLANCHE

adaptation et dialogues Luis BUÑUEL et Jean-Claude CARRIÈRE

d’après le roman de Joseph KESSEL de l’Académie française

directeur de la photographie Sacha VIERNY

décors Robert CLAVEL

produit par Robert et Raymond HAKIM

réalisé par Luis BUÑUEL

 

AU CINÉMA LE 2 AOÛT 2017 EN VERSION RESTAURÉE 4K

 

 

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