© LE PRISME magazine 2015-2019

Premier cours à l'Ecole Van Cleef & Arpels : "Histoires & bijoux, de l'école au musée"

01/09/2017

A travers cette première leçon suivie à l'Ecole Van Cleef & Arpels dans le quartier de la place Vendôme, nous avons découvert l'Histoire de la joaillerie, du XVIIIème siècle à nos jours. Le cours se déroule en deux parties : une première dans au sein de l'école, et la seconde dans la Galerie des Bijoux du Musée des Arts Décoratifs, dont la maison Van Cleef & Arpels est l'heureux mécène. 

 

© DR

 

 

Unique à Paris, c'est la première école d'initiation à la joaillerie pour le public : Bienvenue à l'Ecole Van Cleef & Arpels, l'École des Arts Joailliers qui s'adresse à tous.

L'objectif est simple, faire découvrir au plus grand nombre le monde joaillerie à travers des cours d'initiation et d'expérimentation à la carte, en français ou en anglais, afin de révéler les secrets du monde de la joaillerie. Les élèves majeurs viennent de tous les pays et s'inscrivent à un ou plusieurs cours, selon leurs préférences.

Les trois catégories de cours dispensés, le Savoir-faire, l'Histoire de l'art du bijou et le Monde des pierres, permettent d'établir un tour d'horizon sur un monde d'élégance et de beauté, véritable coup de projecteur sur un milieu qui fait rêver et qui peut paraître inaccessible. En outre, chaque leçon est animée par une équipe composée de deux professeurs.

 

Nous démarrons la première cession en explorant l'Histoire de la joaillerie, du XVIIIème à nos jours. Puis de la théorie en classe, nous poursuivons au Musée des Arts Décoratifs afin de voir les pièces et de les associer aux périodes historiques évoquées lors du cours. 

 

A chaque époque son style   

 

Depuis 75 000 ans environ, l'humain porte des bijoux. Cela commence avec des galets par exemple, on récupère des coquillages… 

 

La bijouterie naît avec l'utilisation des matières précieuses. Le métier de joaillier, lui, apparaît à l'époque de Louis XIV. C'est le roi qui arbore avant tout les bijoux, et quelques personnes hautement placées à la cour.

 

- Le Néoclassicisme entre 1750 et 1830

En effet, c'est pendant le XVIIIème que le joaillerie se diffuse, c'est-à-dire l'art d'inclure et de mettre en valeur les pierres précieuses (diamant, rubis, saphir, émeraude, pierres fines ou perles, sur des métaux précieux (or, argent, platine, titane) par le sertissage.

Matériau rare, le diamant était extrait des mines de Golconde en Inde jusqu’aux années 1726-1729, puis il tire son origine des mines d’Amérique du Sud. Il orne les riches parures, souvent remplacés par des topazes blanches au milieu du siècle. À la fin du XVIIIème siècle, les chrysobéryls jaunes font leur apparition à travers toute la joaillerie.

 

Le savoir-faire se développe, on obtient des meilleures tailles, ainsi que différents sertis. L'engouement pour la joaillerie française dépasse les frontières de l'Europe, et ce grâce aux trois pré-requis indispensables à son expansion : la présence des matériaux, l'approfondissement du savoir-faire et l'accessibilité pour les clients (démocratisation). D'abord exclusivités des rois, des princes et des trésors de l’Église, les bijoux sont désormais accessibles au-delà du cercle fermé des nobles et des riches dignitaires, grâce à la prospérité que connaît l'Europe en ce siècle des Lumières.

 

 

© DR Pièce de corsage, XVIIIe siècle / Musée des Arts Décoratifs

 

© DR / Musée des Arts Décoratifs

 

 

Le XVIIIème siècle perpétue l'hégémonie des nœuds que connaissait déjà le XVII ème siècle, en tissus ou en métal. Le nœud "à la Sévigné", qui dessine un enroulement d’or, de diamants, d’émeraudes ou de saphirs, reste l'exemple le plus parlant.

 

On arbore des aigrettes dans les cheveux. Les sertis sont encore clos, donc la lumière passe peu à travers les gemmes.

C'est aussi l'époque de l’invention du strass, verre au plomb identifiable par sa brillance. oLe marché du bijou s'ouvre à une clientèle plus modeste. Les pierres transparentes sont alors montées sur fond d’argent : la culasse – partie pointue des pierres – est sertie dans une petite cuvette de métal, quelquefois tapissée de paillons d’argent, ce qui donne à voir plus de brillance. Cette technique souligne la puissance de réfraction de la lumière à travers les facettes de la pierre. La taille en facettes et l'émail sont des techniques également utilisées.

 

La flore culmine dans l’iconographie du bijou : bouquets de fleurs en pierres multicolores et émail, bouquets d’œillets inspirés de l’art islamique, tels que les Européens les avaient découverts sur les tissus provenant d’Orient. Encore une fois, les étoffes sont une source d'inspiration.

 

PORTRAIT DE LA MARQUISE DE POMPADOUR, François BOUCHER, 1758.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - image BStGS

 

 

 

-Le style Empire (1799-1820)

Un souffle antique arrive sur cette époque Empire. Sous la puissance Napoléonienne, les robes sont cousues comme à l'époque, ce qui sonne le glas des paniers du XVIIème siècle. Les motifs sont par conséquent d'inspiration romaine. Les bras sont cachés par de longs gants, mais le cou et le décolleté évoluent largement ouverts. Le diadème arrive sur les têtes, afin d’attirer l’attention, ce qui n’était pas le cas sous l’Ancien Régime. Les grands colliers, et les bracelets doivent toujours être symétriques. On glisse un peigne pour le chignon. Les girandoles, des boucles d’oreilles en forme de chandeliers, se portent assorties, à l'inverse des bagues.

En outre, une jeune mariée qui se voit offrir de la part de son époux un collier dit "d’esclavage" avec des médaillons circulaires ou rectangulaires peut s'avérer chanceuse : c'est le plus cadeau que l'on peut recevoir pour son mariage à l'époque.

La Maison « Nitot » devient le fournisseur de l’Empire pour la joaillerie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804 - Musée du Louvre/E. Lessing

 

 

© DR / Parure de jour, Musée des Arts Décoratifs

 

 

 

- Les Romantiques (1820-1850)

Cette vague romantique s'accompagne de motifs esthétiques qui renvoient à l'idée de raffinement, d'émotions exaltées... Surnommés les "Bijoux du sentiment", la joaillerie prend une fois de plus son inspiration de la nature et des fleurs. Le mythe de la sylphide, nymphe de la nature est présente, avec sa  peau claire peau… Aussi, elle a des fleurs où elle pourrait porter des bijoux.

L'époque du Moyen-Age accompagne cette tendance, on revisite ses thèmes et ses histoires, comme à titre d'exemple la châtelaine qui signifie « dame du château », sorte de trousseau de clés clés où l'on accumule ses affaires en les accrochant à sa taille, et ce, à la vue de tous… En effet, il n'y a pas encore pour les femmes de véritables poches, ni de sacs à mains, ni de poches. Cela permet également d'étaler sa richesse et donc de conforter une certaines position sociale aux yeux des autres.

 

Cependant, l'Europe joue son avenir sur les champs de bataille. Plus accessibles, on note l'arrivée de pierres fines : topaze, grenat, citrine, améthyste… Egalement le corail qui fait son entrée, tout droit venu de la Méditerranée. Les métaux subissent le même traitement, ce qui donne lieu à un travail de l’or plus fin qu’auparavant, en raison de la quantité moins importante de matières premières importées. On fait ce que l'on peut avec ce que l'on a, mais la parure reste privilégiée.

C'est donc de façon ambivalente, à la fois un vent de liberté qui souffle sur la joaillerie, et en même temps, l'annonce de quelque chose de plus cadré qui arrive.

 

© DR / Châtelaine, Musée des Arts Décoratifs

 

©Photo Les Arts Décoratifs, Paris/Jean Tholance. Tous droits réservés 

 

 

 

Le Second Empire (1852 à 1870)

Bracelet "bandeau", rubans, franges, nœuds, croisillons… Le XVIIIème siècle commet son retour à travers la mode et les bijoux. Des peintres tels que Watteau ou Boucher, collectionnent des tableaux du XVIIIème sièce et s'en inspirent. Les femmes se laissent renfermer dans des tas de tissus. L'apparition des crinolines, emprisonnent à nouveau les femmes sous un tas de tissus, à l'instar un des robes à panier du XVIIIème. On surnomme le " goût tapissier " car les femmes s'habillent avec des " rideaux " peut on lire sur le ton du sarcasme, avec beaucoup de passementeries, des motifs floraux.

Portrait de l'Impératrice Eugénie par Franz Xaver Winterhalter, 1853.

Photo © RMN-Grand Palais / Gérard Blot

 

 © DR Parure 1860-1862 / Musée des Arts Décoratifs

 

 

L'époque s'avère, aussi des bijoux sont démontés par manque de pièces. L'intérêt historique et patrimonial n'est absolument pas pris en compte. 

 

Techniquement, la maison Mellerio utilise le platine pour les griffes très tôt comparé à ses confrères joailliers. 

 

 

 

-La Belle Epoque 1890-1914

Le Belle époque coïncide avec un bouleversement dans le paysage de ntore pays et ce, à al fois sur le plan économiqe et social.

On voit émerger des industriels qui font fortune. Au niveau de la mode, les tendances ne sont plus dictées par une reine ou une impératrice : ce sont les actrice qui donnent le ton.

Le platine fait son immersion dans la joaillerie, qu'on dévoile tout en courbes et en volutes. Tel une fine dentelle, un feuillage, le bijou agrémente le corset, et les décolletés pigeonnants…

 

 

Ornement de corsage, 1900

Gustave Roger Sandoz
Argent et verre
© Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

 

 

Deux styles s'affrontent  : l'un académique, l'autre qu'on peut définir d'avant-gardiste.

Pour le premier, c'est la joaillerie blanche qui domine, avec un style Edouardien, un style d’Irlande…

Le collier de chien et le ras de cou sont en vogue.

La maison Cartier utilise en précurseur le platine, début 1900. Paradoxalement, on ne fait pas toujours la différence avec l’argent au premier coup d'oeil.

Aussi la découverte de mines en Afrique du Sud, favorise encore une fois une bourgeoisie moins argentée, mais qui peut s'offrir désormais des bijoux en diamant, ce dernier étant par corollaire à des prix plus abordables sur le marché. La silhouette féminine, héritée de la comédienne Sarah Bernhardt se dessine tel un "S", caractéristique de l'époque.

 

Photo : Marcelle Lender par Reutliger, 1900

 

 

En 1887, les joyaux de la couronne sont venus. C'est la maison Tiffany’s qui devient le grand vainqueur de cette "brocante" (tant l'événement paraissait sous-estimé au vue de la valeur historique des pièces). Une pierre ayant appartenue à Marie-Antoinette légitime une maison de joaillerie dans ses créations. On retrouve donc tout un patrimoine éparpillé, monté et démonté au grès des ventes et des acquisitions. Les pays vendent leurs couronnes à cette époque, car on ne veut pas à nouveau d’un empire ou d’une monarchie. 

 

La perle, rarissime, peut se targuer d'être la gemme la plus coûteuse.

 

 

 

-Art Nouveau (1890-1914)

Conjointement, un mouvement touche plusieurs villes dans le monde, l'Art Nouveau. Brillamment inspiré et inspirant, avec en chef de file des artistes comme Mucha ou René Lalique inventeur du bijou moderne, ce nouvel élan artistique prend sa source à partir de trois thèmes récurrents : la faune, la fleur, la femme. On assiste à un mélange d'exaltation des courbes de la nature, on innove avec une certaine dose d'imaginaire, de finesse, avec une certaine attraction pour la préciosité.

Tout les domaines artistiques s'accordent dans une même mélodie: l'architecture, la décoration, la mode…

Le Japon injecte également son esthétisme.

 

© Mucha Museum / Mucha Trust 2017

 

Pendentif « Le Réveil », Paul et Henri Vever,1900

© Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

 

 

 © DR Peigne muguet 1900 / Musée des Arts Décoratifs

 

 

 

-L’Art Déco (1920-1939)

Après la Première Guerre Mondiale qui a vu les femmes remplacer les hommes absents et acquérir leurs indépendances. L'arrivée fracassante d'une auvergnate, surnommée "Coco" bouleverse la garde-robe fémine en s'inspirant des vêtements et des matières masculins. Chanel, cheveux courts,Tissus fluides, sautoirs, les bras sont nus, les bracelets plus symétriques, grande quantité.  bandeaux, accompagne une nouvelle danse qui fait fureur, le charleston. Elle lance également la mode, que nous connaissons toujours des "bijoux fantaisie", à l'inverse de la joaillerie, avec des bijoux en plastique par exemple.

 

L'Art Déco a pour origine une exposition en 1925 "Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes" à Paris. Ce mouvement naît donc en France, puis poursuit son ascension partout dans le monde. Les passeurs de cette tendance se situent dans les ambassades à l’étranger et dans les paquebots. Sur l'affiche de l'événement, Diane, seule déesse libre y figure. On commence à détecter le côté géométrique reconnaissable et caractéristique.

 

Les ballets russes, qui ont fait leur apparition en 1907, amènent le goût pour la couleur ! Au-delà de l'univers de la danse, des décors et des costumes de Bakst, des créateurs de mode comme Paul Poiret, qui supprima le premier le corset aux femmes, se sont vus indubitablement inspirés par cette vague russe (même si ce dernier, en l’occurrence, prétendait le contraire). L'Influence touche également le monde de la peinture, avec le mouvement des "fauves", révélateur de cette nouvelle façon de traiter la couleur dans le domaine pictural.

 

Affiche de l’Exposition internationale de 1925 © Wikimédia, Elee46 (CC-BY-SA 3.0)

 

 

Clip © Photo Les Arts Décoratifs, Paris/Jean Tholance. Tous droits réservés 

 

 

 Bague © Photo Les Arts Décoratifs, Paris/Jean Tholance. Tous droits réservés

 

 

Cette vague russe apporte également une nouvelle façon de concevoir l'agencement de la joaillerie. Désormais, on mélange les gemmes, ce qui ne se pratiquait pas avant.

 

Plusieurs influences venues d'horizons différents renouvellent le bijoux tant usr lpal nesthétique qu'économique:

L'influence de l’Egypte : Ce pays exerce une certaine attraction déjà sous Bonaparte, mais à cette époque, on revient avec la découverte du tombeau de Toutankhamon. Le Papyrus inspire.

 

L'influence de la Chine. Plusieurs femmes sont à la tête des maisons de joaillerie.

Les maharadjas d'Inde amènent leurs influences place Vendôme, et inversement pour les français.

 

Influence de la mécanique : C'est l'époque de l’automobile, de l’aviation. Sonia Delaunay…

Une nouvelle taille de diamant apparaît dans ces années 30, la taille baguette.

 

Après la Seconde Guerre Mondiale, on assiste à une déliquescence des groupes d'artistes qui donnaient l'impulsion. Les styles sont désormais individualistes, il y a moins d’effet de vague, de courants… 

 

Depuis, la joaillerie revisite leurs histoires…

 

 

La tour de la Place Vendôme

A l’origine 1685 premier dessindevait être une place publique,. Avec les guerres on réduit, acquis par les grands financiers du royaume. Devient une opération immobilière, pas politique. Chaque commanditaire choisit son architecte, sauf pour la façade. 1792 sculpture de Louis XIV.

Nitot, fournisseur officiel de Marie-Louise. C’est le premier à arriver, puis part. (Chaumet en 1907). Mellerio 1804. Napoléon arrive avec la colonne à la gloire de l’armée, influence de Rome encore.

Cartier est le premier à constituer une collection patrimoine

 

On commence maintenant seulement à incorporer les bijoux dans les expositions, et à considérer le bijou comme faisant parti du patrimoine français.

 

 

Quelques noms de grands joailliers

Boehmer et Bassenge 1765-1850 indique déjà le quartier, rue du Palais Royal.

 

François-Regnault Nitot 1779-1853. Devient en 1805 le fournisseur de l’Empire, un an après le sacre. 

 

Jean-Baptiste Mellerio 1765-1850 Famille italienne. Le joaillier privé des reines, mais pas le joaillier officiel. Aussi l’Espagne, l’Italie. Fournisseur uniquement des reines et des impératrices. Toujours entre 30 et 50 personnes.

 

Van Cleef & Arpels : Invente et dépose le brevet du serti "mystérieux", introuvable dans une autre maison.

 

 

Aujourd'hui

Au XXIème siècle : plusieurs matériaux, décodé, désenclavé… Les gemmes se mélangent, retour de certaines pierres turquoise à la mode, la topaze… Afin d'en définir les limites, le terme de Haute-Joaillerie apparaît.

 

 

 

Si vous souhaitez approfondir votre culture joaillière : 

 

Les podcasts

Sur le site de l'école (https://www.lecolevancleefarpels.com/fr/pour-aller-plus-loin), la page Facebook (https://www.facebook.com/EcoleVanCleefArpels/) et sur Youtube (https://www.youtube.com/channel/UCSURUbe7km7Rn0NXkuhXsZw/featured), retrouvez les vidéos des professeurs qui vous feront partager leurs connaissances sur l'Histoire de la joaillerie, à propos d'une oeuvre ou bien en rapport avec les pierres. Simples curieux ou véritables passionnés seront comblés. Toutes les vidéos sont sous-titrées en anglais.

 

Les conférences

Elles sont organisées chaque mois au sein de l'école, le soir de 20h à 22h, et approfondissent certaines thématiques originales et relatives au monde de la joaillerie. Une trentaine de personnes se retrouvent autour de deux experts. 

 

La bibliothèque de l'Ecole

A disposition des élèves, la bibliothèque compte plus de 300 ouvrages sur la joaillerie et l'horlogerie, ainsi que des livres rares et anciens exceptionnels.

 

 

 

Plus d'informations

 

Ecole Van Cleef & Arpels

 

Adresse : 31 Rue Danielle Casanova, 75002 Paris

Téléphone : 01 70 70 36 00

https://www.lecolevancleefarpels.com

 

 

 

 

Please reload