Bellastock, une architecture qui expérimente le réemploi de matériaux, raconté par Antoine Aubinais

Aujourd’hui en France, “Les activités de construction, de réhabilitation et de démolition produisent 73% des déchets, soit 260 millions de tonnes par an (Futuribles, note de cadrage « Économie Circulaire, le BTP doit faire sa révolution », septembre 2014). Ce chiffre important équivalent à 5 fois la production de déchets ménagers, démontre d’une urgence à repenser les modes constructifs de la construction de demain. Le réemploi de matériaux se présente comme une nouvelle piste à explorer pour économiser la matière, redonner une seconde vie à des matériaux considérés comme déchets ou limiter les temps de transports. L'association Bellastock s’est démarquée ces 10 dernières années en proposant des “‘festivals réemploi” qui expérimentent la réappropriation des matériaux. Rencontre avec Antoine Aubinais qui nous raconte la démarche de l’association.


LE PRISME © Antoine Aubinais, Architecte diplômé de Paris Belleville et Cofondateur de l’association


Une démarche de déconstruction sélective Source Bellastock.fr



Comment avez-vous intégré la notion de réemploi de matériaux au sein de votre association ?


Bellastock, est une association d’architecture expérimentale qui existe maintenant depuis 11 ans. Au début notre intention était de monter un groupe d’architectes qui souhaitent faire plus de chantier, construire par eux mêmes. Très rapidement on s’est rendu compte que le réemploi des matériaux, était une possibilité d'expérimenter, de construire et de tester en limitant les dépenses de matières et le gaspillage lors de nos constructions. On s’est donc penché sur le cycle des matériaux à plusieurs échelle :

  • à l’échelle d’un festival : comment il peut être détourné le temps d’un événement éphémère et comme il peut être réinjecté dans son cycle à la fin.

  • à l’échelle d’un bâtiment : passer d’une démolition classique à une déconstruction sélective pour les hangars printemps de l’ile Saint Denis.

LE PRISME © La démarche réemploi : réutiliser des déchets de matériaux pour leur donner une seconde vie( mobilier installation…) et économiser de la matière.



Quelle est la philosophie du collectif ?


La philosophie de ce groupement vise à développer des “ projets collaboratifs en réunissant des acteurs variés qui se rencontrent rarement”, et de réfléchir ensemble pour trouver des nouvelles pistes constructives dans la pratique architecturale, ”créant ainsi une plateforme internationale de recherche expérimentale autour de la matière, de l’environnement et du développement durable.”



Comment s’organise votre équipe ?


L’association est composée d’un noyau dur, de 12, 13 personnes qui font vivrent l'association au quotidien (un comité composé de 9 architectes accompagnés par 2 personnes à l’administration et une personne dans la communication.). Bellastock travaille ensuite en partenariat avec un réseau de 20 d’artisans, aux savoirs faires très différents (charpentiers soudeurs, etc...) qui réalisent des mission spécifiques. Enfin elle est rattachée à un réseau de 150 adhérents pluridisciplinaires à l’année qui ressentent le besoin et l’envie de participer aux actions de Bellastock (professionnels du BTP, architectes, étudiants en architecture, sociologues, enseignants, photographes, artistes, paysagistes etc…).



Combien de festivals avez-vous à votre actif, et que retenez-vous de ces expériences ?


12 festivals ont été réalisé en France “ces événements sont l’occasion de fabriquer collectivement une ville éphémère autour d’une thématique spécifique” .L’objectif est d’expérimenter des nouveaux usages et programmes avec l’économie de matériaux.“ Les participants conçoivent, construisent à l'échelle 1:1 des structures qui sont leur habitat le temps de l’événement.”


Au cours de ces riches expériences, j’ai eu l’occasion d'apprendre à :

- Construire avec le vivant : comprendre qu’un site possède sa propre ressource, et qu’il existe une collaboration indéniable entre architecture et paysage.

-Construire par le réemploi : un déchet quelconque oublié peut devenir une véritable ressource pour un créateur

Construire collectivement: Lors de notre festival France- Chine sur la thématique de l’eau, nous avons été frappé par la volonté de construire ensemble qui surpasse les frontières du langages.

-Construire puis déconstruire : Pour les festivals sur la thématiques du sable ou de la terre nous avons été témoins de véritables micro-villes qui s’étaient construites. Puis à la fin du festival quand les “murs étaient redevenus sol” c’étaient intéressant de voir comment les matériaux reprennent leur cycle naturels.


Expérimenter : Les déchets deviennent matériaux Source Bellastock.fr


Rechercher : Inventer de nouveaux usages urbains ou paysagers Source Bellastock.fr


Adapter : Travailler la matière tout en respectant le contexte environnent Source Bellastock.fr


Sensibiliser : Inciter les jeunes générations à prendre conscience des ressources Source Bellastock.fr



A quoi correspond “Actlab” dans votre travail ?


Actlab est le nom donné au laboratoire du réemploi ( financé par l’ADEME, la Région Île-de-France et la BPI) que l’on a crée, situé au cœur de la ZAC du futur Écoquartier Fluvial de L’Île-Saint-Denis (Plaine Commune). Lieu d'expérimentation, de vie et atelier, il nous permet de montrer les différentes étapes de transformations des matériaux et les potentiels du réemploi.“Le laboratoire ouvre ses portes aux habitants, aux usagers, aux professionnels de l‘aménagement et aux artistes, curieux d’appréhender autrement la fabrique de la ville, sans « trou noir » dans l’espace urbain.”




Un lieu d’expérimentation pour montrer tout le processus de déconstruction à construction. source Bellastock.fr



Quel rôle jouez-vous dans les stratégies urbaines actuelles ?


Aujourd'hui 60 % de notre temps est dédié à de l’expertise de réemploi. A travers la notion de « métabolisme urbain », “nous mettons en place des stratégies opérationnelles pour optimiser les ressources locales (matérielles et immatérielles) et les valoriser en vue d’une régénération endogène du territoire” en collaborant aux grands projets urbains (d’ANRU ou de ZAC.). Par exemple dans le contexte de chantier du Grand Paris, nous travaillons avec le laboratoire CRATerre pour réfléchir sur la revalorisation de la terre de chantier.” Nous soutenons une démarche écologique et citoyenne qui vise à lier développements culturel et économique du territoire.”



Plus d’informations :


website : Bellastock.fr



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