Architecture des musées, du numérique à la réhabilitation. Le parcours atypique de l’architecte Franco Algérien Nadir Tazdait

07/06/2018

 

Scénographie projeté pour le Louvre, source http://langrandtazdait.com

 

 

Vous avez commencé par la voie numérique au cours de votre parcours, comment l’avez vous
rattachée au métier d’architecte ?


Diplômé de l’école d’architecture d’Oran algérienne et DPLG de Paris Malaquais, j’ai suivi une formation en simulation numérique au CNBDI (centre national de la bande dessinée et de l’image à Angoulême) puis un Diplôme CEA en scénographie à Paris Malaquais. J’ai eu l’occasion au début des années 90 de participer à l’émergence du numérique (début de l’usinage 3D) en architecture en France avec Bernard Cache (Objectile). “L’atelier Objectile, créé en 1996 par Patrick Beaucé et Bernard Cache, est un laboratoire de recherches en design et en architecture numérique qui crée des objets « non standard» à l’aide des technologies les plus avancées. Précurseur des recherches sur l’architecture computationnelle. Objectile conjugue ingénierie, mathématiques, technologie, philosophie, pour travailler à la création et à la production industrielle de formes courbes et variables à toutes les échelles: sculpture, design, mobilier, architecture, urbanisme ou paysage.” Grâce à cette expérience j’ai pu être l’un des premiers “informaticiens “ de l’architecture et participer aux débuts d’images de synthèse pour les concours dans des agences reconnues (Piano, Portzamparc et Nouvel...). Des rencontres fondatrices et formatrices, confronté à des projets emblématiques ou leur modélisation suivait et reflétait les doutes et les fulgurances de grands architectes. Une bonne école !
Ces premiers outils numériques étaient essentiellement utilisés comme outil de représentation, mais la conception architecturale numérique restait très marginalisée. (Elle reviendra plus tard via Zaha Hadid, Gehry...qui se sont emparés de ces outils.)

 

“Objectile” première expérimentation architecturale numérique ©Philippe Magnon 

 

 

A partir de quelle année avez vous commencé vos propres projets architecturaux ?


Au cours de mon passage dans l’agence de Renzo Piano, une fois la modélisation faite j’ai pu me confronter à la maîtrise d’ouvrage avec la rénovation du Centre Georges Pompidou. Par la suite j’ai participé à la réalisation d’une maquette virtuelle du musée du Quai Branly, du Lam et de la Fondation Louis Vuitton. Il s’agissait de créer des maquettes 3D en temps réel (détourné du jeu vidéo type Unity et Virtools de Dassault Systèmes) pour simuler des problématiques d’exploitation des musées.
Grâce à ces missions j’ai pu commencé à monter mon agence. L’envie m’est venue suite au concours de la scénographie pour les Arts de l’Islam au Louvre. Associé à l’agence Chartier Corbasson, nous avions monté une équipe qui avait séduit le jury de présélection. Cette première étape m’a conforté dans la conception de musée et par la suite, je me suis associé à Pascale Langrand qui avait beaucoup travaillé avec Roland Simounet, l’architecte algérien auteur du musée de la Préhistoire à Nemours.

 

 

D’où vous vient cet intérêt pour l'architecture des musées ?


Les musées m’intéressent beaucoup car ce sont d’abord des dispositifs critiques qui interrogent sur le parcours, la mise en valeur d’oeuvre d’art, la scénographie et les qualitées d’usages. Cependant je reste curieux et désireux de travailler sur d’autres programmes comme le logement par exemple ! Malheureusement aujourd'hui nos références actuelles nous conditionnent dans la thématique musée.
Actuellement nous travaillons sur deux beaux projets : un musée d’art et histoire -Constantine (Algérie) et le grand musée de L’afrique d’Alger.

 


Quelles sont les différences entre une commande de musée en France et en Algérie ?
(Politiques, relations, normes mise en chantier, délai)


Dans la forme, les modalités de la commande sont relativement similaires, avec des concours nationaux ou internationaux mais basés sur des cahiers de charges/ programmes généralement médiocres car il y’a peu de programmistes professionnels comme de maîtres d’ouvrages d’ailleurs.
Contrairement à la France, l’architecture en Algérie n’est pas valorisée et ne constitue donc pas un enjeu important pour les politiques. Cela a des conséquences désastreuses sur la qualité architecturale. L’avantage est qu’en ce domaine, l’entregent n’est pas nécessaire contrairement à ce qui peut se passer en France. Pour le reste, ce sont les mêmes appuis, notamment financiers, nerf de la guerre oblige, qui vous permettent de pérenniser votre activité. Les normes algériennes suivent de plus en plus les normes françaises et européennes Eurocodes. S’agissant d’un pays sismique, il y’a une grande pression sur les bureaux de contrôle qui peuvent freiner certaines audaces d’autant qu’ils ne sont pas toujours à jour des dernières techniques de construction. Cela dit, on peut se frayer un chemin à force de ténacité, comme en France.
En termes de musées, la France est bien pourvue et du coup les projets d’équipements se raréfient car ils sont financés essentiellement par de l’argent public. En Algérie, le potentiel est énorme mais la crise financière renvoie les projets aux calendes grecques.

 

 

Pour le musée d’art moderne d’Oran qui est une réhabilitation de grands magasins, quels intérêts/ difficultés avez-vous rencontrés par rapport à la mise en oeuvre d’un bâtiment neuf ?

 

En phase concours, la principale difficulté était de faire passer l’idée que le bâtiment devait être gardé en l’état, mis à part quelques aménagements architecturaux. Les espaces ont de belles proportions et l’édifice reflétait magnifiquement l’époque de Grand Magasins, témoignage de l’architecture coloniale des années 30. Malgré tout, il y avait une mise aux normes pour en faire un outil de travail muséal avec un tour de force technique d’intégration dans l’architecture des lieux. Heureusement, le jury a compris et a approuvé la proposition.
En phase chantier, la difficulté était de trouver une entreprise générale capable de mener une quasi restauration car beaucoup de métiers d’artisanat ont disparu. En Algérie, on importe beaucoup de produits du bâtiment, souvent de mauvaise qualité car les contrôles sont défaillants. Du coup, certains détails en ont souffert. L’architecture est un travail collectif ou chacun prend sa part de responsabilité.


Quels sont les éléments architecturaux qui participent à la réussite d’un musée ?


Il n’y pas de recette, ça se saurait ! mais dans tout projet, le désir est l’ingrédient nécessaire. Pour reprendre une des expressions de l’architecte Simounet, « l’architecture est une réponse à une question ». Cette question est posée par les lieux, le thème, le maître d’ouvrage, le budget...

 

Ancien centre commercial à Oran réhabilité en musée, source http://langrandtazdait.com

 

Ambiance muséographique image réalisée par Jean philippe Velu, source https://www.jeanphilippevelu.com/collaboration

 


Comment imaginez-vous le musée de demain ?


Une strate supplémentaire dans l’expérience du musée. Je crois plus aux évolutions et l’empilement des usages qu’à la radicalité de certaines propositions, qu’elles soient digitales ou autres. Je pense que la médiation muséale prendra de plus en plus de place et le visiteur sera au centre de l’attention des institutions. On doit retrouver le plaisir de la découverte, de l’émerveillement et de la curiosité du monde. Le musée porte cette promesse.

 

Futur musée d’art et histoire -Constantine (Algérie), source
http://www.vpgreen.fr/projets/musee-dart-et-dhistoire-constantine-algerie

 

 

 

 

 

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