Armes pour cible. 1820-2020 Entre répulsion et fascination au Musée d'Art et d'Industrie de

Du 1er septembre 2020 au 3 janvier 2021, le musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne présente l’exposition Armes pour cible. 1820/2020 entre répulsion et fascination. L’objectif est de faire découvrir aux visiteurs les aspects historiques, sociétaux et l’évolution des armes, du point de vue national, et plus singulièrement à travers la production stéphanoise. Une mise en situation, à travers une scénographie équilibrée, leur permettra de déterminer si ils sont plutôt attirés ou bien réfractaires aux contact de ces objets chargés d'histoire.

Fusil de chasse de Meilleur Ouvrier de France

Gravure Any Brunel, 1994

musée d'Art et d'industrie, inv. 2020.1.1

crédits : Collection musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne / Cliché MAI

Photo : Charlotte Piérot

Photo : Le Prisme



La scénographie signée par l’atelier aubervillais 1 : 1, place le visiteur en situation de « voyeur », et le guide, en le plaçant également en situation de tireurs, soit par l’utilisation d'armes factices de jeux vidéos, soit par une mise en position de duel. Le choix a été fait de traiter le sujet des armes comme un autre, alors qu’il fait débat, puisqu’une arme est susceptible de permettre, faut-il le rappeler, à tuer. Des peintures, des sculptures, des affiches et une miniature ponctuent le parcours.



Moulin à café

Frécon-Lebon, 18e siècle

inv. 2019.1.1

© Collection musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne / Cliché MAI



Le premier espace introductif rappelle que Saint-Etienne est un lieu qui fabrique depuis longtemps des armes. En effet, il y a d’une part du charbon, que l’on exploite dès le XVIIIème siècle, et d’autre part, énormément de rivières torrentielles, ce qui permet une force hydraulique importante. Une production de petite forge se déploie, on y fabrique des couteaux, des articles de quincaillerie comme des moulins à café, à poivre et à chocolat. Cela demande un important travail du bois sculpté. Le mécanisme complexe va servir pour la conception des crosses des fusils, ainsi que la partie de la mise à feu. On comprend mieux les liens entre les différents savoir-faire de la ville grâce aux différents objets présentés dans l’exposition. Encore aujourd’hui, toute arme qui entrent sur le territoire français doit passer le Banc National d’Épreuve à Saint-Etienne.



Photo : Le Prisme



On remarque que pendant longtemps, c’est la noblesse qui porte l’arme, de guerre et de chasse. Seuls les nobles peuvent chasser sous l’ancien régime.


La Révolution, puis l’Empire, provoquent un pays exsangue, et les armuriers souffrent également. Dans le code pénal de 1810, à l’époque de Napoléon Ier, les armuriers n’ont plus le droit de fabriquer ou de vendre des armes de guerre. En revanche les autres pays comme l’Italie le permettent, cela va donc créer des disparités entre les manufactures, plus grosses à l’étranger par rapport à la France, et dont l’influence va continuer de croître depuis ce décret.



Crosse sculptée

Claude Verney, 1820

inv 2004.78.1

© Collection musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne / Cliché Atelier Sylvain Madelon

La partie de la mise en à feu, où l’on insert la platine, dans la crosse. Travail extrêmement complexe et ajusté.



En 1820, Louis XVIII va donner l’impulsion auprès des artisans afin qu'ils aillent vers une organisation plus industrielle. Grâce à des concours et des aides financières, la production va se relancer. Claude Verney va obtenir le premier prix, avec une crosse qui représente Diane chasseresse, figure que l’on retrouve tout au long du parcours, comme un fil rouge, et qui ajoute une touche féminine dans cet univers plutôt masculin. Avec ce prix, il va acheter une maison et se marier avec madame Carron. Ensemble, ils fondent la société Verney-Carron, aujourd’hui la seule manufacture d’armes stéphanoise.



Armurier en fenêtre

Huile sur toile

Chenet, 1844

© Collection musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne/Cliché MAI


À l’époque on travaille chez soi, dans un petit atelier, qu’on appelle un atelier « en fenêtre ». Les apprentis sont souvent issus de la famille, et cela va perdurer jusqu’à la fin du XIXème siècle.


Robespierre va ensuite mettre en place un système où ce n’est plus le droit du sang qui permet de posséder des armes, mais le fait d’avoir des terres pour chasser. C’est donc par l’argent que les choses se déroulent désormais. L’institution du permis de chasse marque un tournant dans la pratique.


La vision du chasseur change, avec l'apparition du sentiment de nature, l’homme seul avec son chien. C’est ce que l’on appelle la chasse à la billebaude, la chasse devant soi.



Photo : Le Prisme



La production va s’internationaliser, avec les colonies. On assiste à une expansion du territoire et une croissance de la demande. La chasse coloniale est évoquée dans l’exposition avec un tigre empaillé. En effet, les armes coloniales assoient un pouvoir, car on chasse du gros gibier, et les armes sont conçues en conséquence. Techniquement, cela signifie que les armes sont plus lourdes, et striées à l’intérieur.


En 1870, on a d’un côté, une production d’armes de guerre qui s’organise avec la Manufacture Nationale, où l’on rationalise beaucoup. Ce sont désormais des séries d’armes, avec une interchangeabilité des pièces. Et de l’autre, des manufactures privées, avec des personnes qui y travaillent, selon les périodes, et vont transposer les technologies de la Manufacture Nationale vers le privé, c’est-à-dire la chasse. Cela va générer beaucoup de brevets.


La réclame arrive, et les expositions universelles se révèlent de fabuleuses vitrines. Le but étant, notamment, de décrocher les médailles, car commercialement c’est une plus-value pour les ventes. Les manufactures y présentent leurs armes de luxe, et les nouveautés technologiques. C’est également le moment de l’espionnage industriel, on ramène des armes à Saint-Etienne pour les étudier et s’en inspirer.


L’une des spécificités du Musée d’Art et d’Industrie, comme le précise Marie-Caroline Janand sa directrice et commissaire de l’exposition, ce sont les armes dites « pédagogiques, c’est-à-dire coupées. Les spécialistes en raffolent car on y voit toute la précision du mécanisme ».


Dans la période 1920-1970, la production oscille entre des périodes fastes et des périodes plus maigres au niveau de la demande d’armes. Aussi, la production privée se tourne vers la fabrication de bicyclette ou de raquettes de tennis, en attendant des jours meilleurs. Les ouvriers spécialisés sont embauchés pendant les périodes de combat à la Manufacture Nationale d’Armes. Après la guerre de 1940, on estime que les Français détiennent près de 18 millions d’armes, ce qui les classent en deuxième sur l’échelle des pays les plus armés de l’Union Européenne.

Affiche publicitaire « À coup sûr »

Bellenger, années 1950

© Entreprise Verney-Carron


En 1964 une loi est instaurée, selon laquelle il est désormais possible aux associations de chasse communales agréées d’être créées, et dont le rôle est de « procéder au remembrement cynégétique pour assurer une bonne organisation de la chasse ». Ce sont plus 2 millions de chasseurs qui chassent le petit gibier grâce à cet assouplissement. L’image du chasseur change, et renvoie plutôt au bonhomme, un peu rond et content de son équipement, comme on peut le voir sur cette réclame de Verney-Carron ci-dessus.


Entre 1970 et 1990, de profonds changements s’opèrent. D’abord, les mouvements pacifistes font leur apparition, remettant en cause le principe même de la chasse. Ensuite, la crise du pétrole de 1970 fait bondir les prix, et atteint le pouvoir d’achat des consommateurs, qui commencent à moins investir dans les armes, surtout à partir de 1975. Enfin, la délocalisation touche le secteur, et les armuriers stéphanois ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une nouvelle organisation afin de faire face aux nouveaux défis du marché. Cependant Verney-Carron va pouvoir subsister comme sous-traitant.



Flashball modèle Compact Plaqué or

Dépôt Verney-Carron - musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne

inv D2012.0.3

Crédits : Collection musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne/ Cliché Atelier Sylvain Madelon



Le débat n’a cessé sur le sujet des armes. L’invention du Flash-ball par Verney-Carron, en association avec le chasseur et expert en balistique Pierre Richert dans les années 1980, a pour but de proposer une arme qui ne tue et ne provoque pas de blessures graves pour les civils. Les utilisations des armes tels que les clubs de tirs et le ball-trap ou encore le biathlon sont les nouvelles manières d’appréhender ces dernières, et font de plus en plus d’adeptes, car appréhendées comme une performance physique, avant tout.



Photo : Charlotte Piérot

Photo : Le Prisme

Plus d'informations

Du 1er septembre 2020 au 3 janvier 2021

Musée d'Art et d"Industrie de Saint-Étienne

Site officiel : http://www.musee-art-industrie.saint-etienne.fr/

© LE PRISME magazine 2015-2020